Elle me dit que je suis "naïve". Elle me dit que pour moi tout est beau tout partout et que tous les gens sont gentils. C'est étrange comme cette affirmation me blesse... Pour qui me prend-t-elle ?
Je ne suis pas l'espèce de nouillasse crédule et immature qu'elle voit. C'est un cri du coeur : je réfute cette idée. Je ne suis pas cette fille qui croit que tout est pour le mieux. J'ai appris à vivre dans ce monde, avec sa laideur, ses bassesses, avec son absence de sens.
Je ne le juge pas bon pour autant.
Je sais que la vie c'est dur, que ça fait mal, et qu'il faut se battre pour se faire une place parmi les autres, quitte à leur rentrer dedans parfois. Il est vrai que je ne sais pas toujours m'imposer, mais je ne pense pas qu'on puisse pour autant me déclarer "naïve". Je me trompe peut-être.
Parce que je suis humaine moi aussi et que ces 17 années à errer parmi mes semblables ont largement suffi à venir à bout de mes illusions, je sais à quel point nous pouvons être méprisables, tous autant que nous sommes.
Au fond, ce sont peut-être les idéalistes désabusés qui regardent le monde avec le plus d'horreur. Parce qu'ils sont amenés à affronter tout ce qui leur répugne, à détester violemment. Parce que ce qu'ils voient est la négation sans appel de leurs espoirs.
Seulement voilà : j'estime que ça ne sert à rien de s'apitoyer sur son sort. Ok, c'est pas facile de vivre, ok il faut accepter de souffrir, ok. Mais c'est précisément parce que ce monde est laid qu'on peut y trouver du beau. Le beau ne nie pas le laid, il le complète.
Elle ne comprend pas que je puisse à la fois apprécier et détester la vie. Et surtout, elle ne comprend pas que sans être malheureuse pour autant, je puisse ne pas être heureuse.